Un premier ensemble présente neuf maquettes d’architectures outsider, réalisées par des bâtisseuses et bâtisseurs autodidactes travaillant en dehors des normes professionnelles. Situées principalement au Québec et en France, ces constructions font partie d’un corpus dont la documentation a commencé dans le cadre de la thèse de doctorat de Katherine Lapierre. Certaines s’inscrivent dans la contre-culture des années 1970 ou dans la tradition de l’art brut, dont elle adapte l’équivalent anglais — Outsider Art, proposé par Roger Cardinal en 1972 — pour traduire l’expression de Jean Dubuffet : une architecture sans architecte, en marge des logiques de la discipline et des conventions établies.

Présentées au Centre de design pour la première fois, ces neuf maquettes synthétisent un long travail de relevés in situ, fondé sur des plans cotés, des photographies, des dessins techniques et des entretiens avec les bâtisseuses et bâtisseurs. Elles reposent sur des socles topographiques en bois qui restituent le paysage réel de chaque construction. 

Neuf architectures outsider et leurs bâtisseuses et bâtisseurs

  1. Cheval à Méo de Roméo Vachon (Beauce, Québec)
  2. Maison aux fenêtres de Richard Greaves (Beauce, Québec)
  3. Maison ronde de Richard Greaves (Beauce, Québec)
  4. Château d’Émilie de Clément Côté (Beauce, Québec)
  5. Bistro Don Camillo de Clément Côté (Beauce, Québec)
  6. Bidule de Sappho Morissette et Jean-Guy Ruel (Waterloo, Québec)
  7. Maison Unal de Claude Häusermann et Joël Unal (Ardèche, France)
  8. Château de Lochaber de Claude Drolet (Lochaber, Québec)
  9. Fol Galerie et Jardin Fou de Daniel Hamelin (Saint-Roch-des-Aulnaies, Québec)
« Les relevés architecturaux de Katherine Lapierre intriguent : les technologies qu’ils mobilisent comptent parmi les plus rationnelles et les plus déterministes qui soient. Ils tentent pourtant de décrire des morphologies qui, comme celles du vivant, sont irréductibles à la mesure et rétives à toute description géométrique. »

Nicolas Reeves, La mesure des songes, texte paru dans le livret de l’exposition

En parallèle de ces relevés, Katherine Lapierre expose seize maquettes-sculptures de sa propre pratique artistique. Certaines sont influencées par son travail de relevé, d’autres naissent d’un dialogue direct avec des œuvres comme la Tour aux figures de Jean Dubuffet, l’Endless House de Friedrich Kiesler ou le Palais idéal du facteur Cheval. D’autres témoignent d’une fascination plus intime pour la matière élémentaire et les objets trouvés : une pierre, une bûche calcinée, une écaille de poisson en verre soufflé… Numérisées, puis modélisées par impression 3D, ces matières deviennent la matrice d’architectures imaginaires.

Les deux volets de la pratique de Katherine Lapierre sont délibérément entrelacés pour mettre en lumière le chevauchement entre analyse et invention, entre recherche et création. Seule leur présentation permet de les distinguer.

« Les œuvres présentées échappent aux canons de l’architecture conventionnelle. Elles mettent en valeur des matériaux atypiques, souvent récupérés, et exploitent librement les techniques de construction. Le travail de maquettes-sculptures permet quant à lui de réfléchir à la manière dont la pratique d’un design outsider pourrait contribuer à renouveler notre compréhension de l’habitat et du rôle social de l’architecture. L’architecture outsiderse rapproche finalement de ce qui fondamentalement caractérise le bricolage : elle ne se base ni sur des règles théoriques, ni sur des normes, et reste ouverte à toute proposition dans le domaine de la conception architecturale. »

Katherine Lapierre, artiste-architecte, chercheuse et professeure à l’École de design de l’UQAM

Une chercheuse-créatrice au parcours singulier

Architecte de formation, spécialisée en paysage, en histoire et théorie de l’architecture ainsi qu’en études et pratiques des arts, Katherine Lapierre est chercheuse et professeure à l’École de design de l’UQAM depuis 2023.

Sa thèse de doctorat, Catalogue raisonné d’architectures outsiders (2015), établit un lien entre ces constructions et la tradition de l’art brut, à laquelle elle emprunte le terme « outsider », et pose les bases de sa démarche de recherche-création, qui porte sur l’archisculpture, l’anarchitecture et l’architecture brute. Depuis, elle documente des constructions singulières, situées en dehors des pratiques architecturales conventionnelles ; à partir de ce corpus, elle réalise des maquettes-sculptures en combinant des outils numériques, l’impression 3D et des techniques traditionnelles de menuiserie.

Son travail a notamment été présenté à AXENÉO7, au Centre des arts actuels SKOL, à la Société des arts technologiques, à la Maison de l’architecture du Québec, à la Galerie Montcalm ainsi qu’à la British School at Rome.

Un livret d’exposition

Un livret d’exposition présente des biographies détaillées des bâtisseuses et bâtisseurs autodidactes, des descriptions de projets, des plans de parcours ainsi que deux textes originaux : Animaux rêveurs à l’ouvrage de Daniel Canty et La mesure des songes de Nicolas Reeves.

« On trouve, aux quatre coins du Québec — et, partant, du monde —, des maisons insolites, bricolées, le plus souvent, avec des matériaux de fortune, récupérés des marées de bois d’œuvre, d’acier et de béton, de fibre de verre et d’uréthane que génère notre civilisation dans un flot sans fin apparente. »

Daniel Canty, extrait d’Animaux rêveurs à l’ouvrage, texte paru dans le livret de l’exposition

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