Entre l’école et la ville — Montréal 

Entre l’école et la ville est un concours étudiant qui s’inscrit dans le cadre d’un projet de recherche-création dirigé par des chercheurs membres de l’équipe interuniversitaire du Laboratoire d’étude de l’architecture potentielle (LEAP).

« À Montréal, […]  le modèle généralisé de l’édifice monofonctionnel avec terrain de jeu extérieur au ras de la chaussée ne s’accorde plus […] à la valeur du foncier. »

Le concours de recherche-création Entre l’école et la ville s’intéresse à certaines problématiques liées aux écoles insérées dans des milieux urbains denses. Les écoles sont un vecteur important du développement et de la pérennité des villes et de leurs quartiers. Si l’école offre un ancrage, elle sert aussi de lieu d’apprentissage de la vie en ville.

Sur le plan financier, la conception d’édifices plus compacts, la mixité programmatique (école, logement, bureau, commerce) et la collaboration avec des promoteurs immobiliers doivent être explorées. Dans ce contexte, la sécurité des écoliers doit aussi être réexaminée. Ces questions sont complexes, et le concours Entre l’école et la ville ne prétend pas les résoudre, mais cherche à contribuer à la réalisation de nouvelles écoles dans les centres-villes métropolitains. À Montréal, par exemple, le modèle généralisé de l’édifice monofonctionnel avec terrain de jeu extérieur au ras de la chaussée ne s’accorde plus, depuis longtemps, à la valeur du foncier. Le terrain retenu pour les fins du concours lancé en 2019 est situé au cœur de Griffintown. Ce quartier central de Montréal a récemment connu une densification majeure, et les jeunes familles hésitent à s’y installer : il est dépourvu d’école primaire publique.

Les lieux de l’entre-deux en centre-ville métropolitain

La spatialité de l’entre-deux dans les édifices scolaires a fait l’objet de recherches approfondies par les architectes néerlandais Aldo van Eyck et Herman Hertzberger dans les années 1960 et 1970. Aldo van Eyck a emprunté le terme de l’entre-deux au philosophe Martin Buber pour désigner les espaces intermédiaires entre l’extérieur et l’intérieur, entre ce qui est public et ce qui est privé. Ces espaces, souvent considérés comme secondaires dans la conception d’une école, sont des lieux de convergence et de rencontre informelle très importants en ce qu’ils favorisent la vie en société : un seuil, une entrée, un escalier, une rue intérieure, un terrain de jeu sont autant d’entre-deux. Ce sont des lieux d’apprentissage de l’urbanité.

En contexte urbain dense, la question des lieux de l’entre-deux se complexifie. L’enjeu de la sécurité ne favorise pas l’ouverture sur la ville et le partage d’espaces avec les édifices voisins. En outre, le coût élevé des terrains en centre-ville impose la réalisation d’édifices compacts, ce qui réduit d’emblée la superficie disponible pour la construction d’espaces de transition, hormis peut-être l’escalier de secours qui mène de la cour d’école à la salle de classe. Quant aux parents, faute de lieu pour se rassembler ou échanger, ils en sont généralement réduits à attendre les enfants sur le bord du trottoir. 

Le concours du LEAP s’intéresse fondamentalement au désir d’architecture et à la façon dont il peut être suscité chez les jeunes citoyens. 

De tous les édifices publics, l’école est leur principal lieu de référence. Par ailleurs, les conditions métropolitaines mouvantes exercent une forte pression sur le modèle actuel. Elles exigent d’imaginer d’autres façons de concevoir l’édifice scolaire en milieu urbain dense tout comme les interfaces avec l’espace public.

« Les conditions métropolitaines mouvantes […] exigent d’imaginer d’autres façons de concevoir l’édifice scolaire en milieu urbain dense tout comme les interfaces avec l’espace public. »

Questions soumises aux concurrents 

Q1 – Comment penser les interfaces entre l’école et la ville afin de favoriser les relations et les interactions des jeunes avec le quartier et la ville? 

Q2 – Les formes, les matériaux et les espaces d’une école peuvent-ils sensibiliser les jeunes à l’architecture et à l’environnement urbain? 

Q3 – Comment imaginer des liens entre des espaces de natures et de fonctions différentes pour enrichir l’expérience quotidienne des écoliers? 

Q4 – Les espaces de l’entre-deux peuvent-ils favoriser l’évènementiel? 

Q5 – Quels rapports perceptuels et visuels pourraient enrichir l’expérience de l’entre-deux? 

Q6 – De quelles façons nouvelles l’école peut-elle s’insérer et affirmer sa présence dans une ville en densification? 

Q7 – Dans les relations entre l’école et la ville, comment calibrer ouverture et sécurité? 

Q8 – Comment faire de l’école un repère urbain?

Q9 – Comment l’architecture scolaire peut-elle encourager le dialogue entre les gens, qu’ils soient élèves, parents, enseignants ou simplement membres du voisinage?

Mettant à profit leur capacité à formuler des propositions architecturales, les concurrents, des étudiant.e.s à la maitrise en architecture ont répondu à l’invitation qui leur était lancée : réfléchir à ce que pourraient être les lieux de l’entre-deux, à l’interface entre l’école et un milieu urbain dense. Indépendamment du concours lors duquel un jury a identifié une proposition lauréate, l’examen des projets révèle un foisonnement d’idées dont il serait difficile de rendre compte dans le détail : les entre-deux se déployant dans un vaste registre de potentialités.

Texte et recherche réalisé par Anne Cormier, chercheure responsable et Audrey St-Pierre, assistante au LEAP pour le concours Entre l’école et la ville à Montréal.

Image d’entête réalisé par l’équipe étudiante composée de Anne-Frédéric Blais, Jeremy Chui et Basile Van Laer pour le concours du Entre l’école et la ville à Montréal.